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ONU : le marché des OMP

Dans quel contexte s’inscrivent les marchés des opérations de maintien de la paix ?

 

L'Organisation des Nations Unies a pour objet de maintenir la paix et la sécurité internationales, de développer entre les nations des relations amicales et de promouvoir le progrès social, de meilleurs niveaux de vie et le respect des droits de l'homme. 

 

Avant toute chose il s'agit donc de bien appréhender la complexité du système des Nations Unies et de comprendre la place majeure que tiennent les opérations du maintien de la paix dans cet environnement. 

 

Les OMP (opération de maintien de la paix – PKO Peacekeeeping operations), décidées par le conseil de sécurité des Nations Unies et dont le budget est approuvé par l’Assemblée Générale des Nations Unies, sont pilotées par deux départements dédiés :

 

Le DOMP (Département des Opérations de maintien de la Paix – DPKO Department of Peacekeeping Operations) : le Secrétaire général délègue la responsabilité générale de la conduite et de l'administration de toutes les opérations de maintien de la paix de l'ONU au Secrétaire général adjoint aux Opérations de maintien de la paix. Ce département est dirigé depuis 2017 par le diplomate français Jean Pierre Lacroix.

Le DAM (Département de l'Appui aux Missions DFS Department of Field Support) est responsable de tout l'appui apporté aux opérations sur le terrain, notamment les opérations de maintien de maintien de la paix et les missions politiques spéciales. Ce département est dirigé depuis 2013 par le Dr Atul KHARE, ancien Ministre Indien. Il s’agit d’un département majeur puisqu’il comprend spécifiquement : le personnel, les ressources financières, les achats, la logistique, les communications, la technologie de l'information et d'autres questions de gestion administrative et générale. Pour mettre en œuvre cet appui aux missions, le département a recours à la Division des achats de l’ONU (PD/HQ Procurement Division Head Quarters), qui est en charge des achats du Secrétariat et des Opérations de Maintien de la Paix. Cette division procède ainsi à l’acquisition d’une large variété́ de biens de consommation, d’équipement et de services : produits alimentaires, matériel informatique et de communication, véhicules et carburant, équipements pour le traitement de l’eau, groupes électrogènes, équipements civilo-militaires, transport et stockage, sécurité, construction et maintenance, services financiers et administratifs, etc.

Les marchés des Nations Unies représentent des volants d’affaires considérables, tout en offrant une absence de défaut de paiement. En 2016, les achats du système onusien ont atteint 17,7 milliards de dollars (+0,8 % par rapport à 2015).

En second lieu, il faut intégrer le fait qu’une opération du maintien de la paix s’inscrit dans un cycle de gestion de crise dont le but premier est d’être résolu dans le temps par une opération de maintien de la paix à caractère militaire dite traditionnelle, voire, si la situation l’exige, en opération de maintien de la paix multidimensionnelle pouvant avoir recours au chapitre VII de la charte des Nations Unies (typologie : Prévention des conflits,  Rétablissement de la Paix, Imposition de la Paix, Maintien de la Paix, Consolidation de la Paix). Il ne s’agit donc pas d’un marché pérenne, mais qui répond toutefois à des phases de montée en puissance logistique qui présentent de véritables opportunités pour les entreprises, tant pour des équipements du soutien vie, des équipements militaires et de nombreux services dont en particulier le transport. Par ailleurs, si la composante essentielle d’une OMP est caractérisée par les casques bleus des pays contributeurs, il ne faut pas négliger la présence sur les théâtres d’opérations d’équipes du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés HCR, du Fonds des Nations Unies pour l’enfance – UNICEF, du Programme des Nations Unies pour le développement – PNUD, du Comité international de la Croix-Rouge – CICR, de Médecins Sans Frontières – MSF. Cela caractérise donc plusieurs prospects possibles pour les entreprises qui souhaitent vendre des biens et des services dans le cadre des OMP.

 

 

Faut-il être présent localement pour vendre aux OMP ?

 

L’acquisition des UNOE, United Nation Own Equipment – Equipements appartenant aux Nations Unies, relève de la procédure de passation d’un marché par appels d’offres consultables sur le site internet d’UNGM (United Nation Global Market). La veille de ces marchés n’impose donc pas une présence locale. Toutefois, pour des marchés de faible importance, les entreprises installées localement offriront une réactivité en phase avec les besoins exprimés.

 

Les pays contributeurs participent aux OMP avec des équipements qui leur appartiennent (MAC Matériel appartenant aux contingent - COE – Contingent Own Equipment). L’usage de ces équipements est remboursé par les Nations unies conformément au MOU, (Memorandum Of Understanding - Memorandum d’Accord), passé entre le pays contributeur et les Nations Unies. Ces équipements répondent à des normes qualitatives et quantitatives strictes validées par les Nations Unies. Dès lors, le marché des OMP doit être également considéré dans son opportunité d’équiper les contributeurs de troupes et de police, ce qui nécessite une prospection locale des pays contributeurs ou qui le sont potentiellement.

 

Enfin, la création de valeur par l’innovation est par essence la clé de voûte de l’entreprise. Il est essentiel pour les entreprises de présenter les solutions nouvelles qu’elle peut mettre en œuvre. Pour cela, les entreprises doivent se faire connaître et faire connaître leurs produits en rencontrant les décideurs et les acheteurs des divisions achats à New York et dans les missions.

 

 

Comment les entreprises françaises peuvent-elles conquérir ces marchés ?

 

La bataille de marchés ouverts à la concurrence mondiale est rude. La valeur ajoutée des produits et services est un discriminant important pour conquérir les marchés. Certains secteurs tels que l’énergie, le traitement de l’eau, les solutions de déploiement rapide de forces et de moyens, les solutions de service global sont sans aucun doute des points d’appuis pour mettre en œuvre une prospection efficace. Enfin, l’adoption d’une stratégie d’analyse de situation permet d’anticiper les besoins et de pouvoir répondre à temps aux marchés.

 

Quelles sont les erreurs à ne pas commettre ? 

 

Les erreurs à ne pas commettre sont de penser que c’est impossible, mais aussi de proposer des produits et services décalés par rapport aux usages. A ce titre, la sophistication excessive des équipements, ou la nécessité de maintenance de haut niveau technologique peuvent être antinomiques à l’environnement rustique et particulièrement rude des pays en crise dans les régions d’Afrique subtropicale et sahélienne.

Par ailleurs, bien que le français soit une langue officielle des Nations Unies, la maitrise de l’anglais reste une nécessité pour communiquer avec de très nombreux intervenants du système des Nations Unies.

 

 

Denis Le Meur

Président

France International Connecting Service